Groupe Strasbourg – Leurs guerres, nos mort-e-s

Depuis le vendredi 13 novembre 2015, l’Histoire s’accélère. Suite à l’ignoble carnage perpétré à Paris par des éléments de Daech, l’Etat français renforce l’effort de guerre. D’une guerre qu’il fait mine de découvrir, alors qu’il la mène depuis quelques temps déjà en Syrie. D’une guerre qu’il déclare au nom de toute la société, mais également contre elle. A l’extérieur, l’Etat français intensifie ses bombardements en Syrie, et cherche à créer une grande coalition des grandes puissances impérialistes mondiales. A l’intérieur, il a décrété l’état d’urgence, fait fermer les frontières, interdit toute manifestation politique dans plusieurs départements, quadrille militairement le territoire, multiplie les perquisitions-arrestations-assignations à résidence-interdictions-comparutions dans une spirale infernale. Et l’Etat français nous le rappelle à qui veut bien l’entendre : ce n’est qu’un début. Nous voici aux prémisses de périodes obscures d’où naîtront tous les monstres possibles. Dans sa stratégie de la tension permanente, l’Etat français cherche à museler toute critique, toute réflexion collective, toute solidarité. Ne sont « autorisés » que des rassemblements à sa gloire, dans une sinistre confusion entre l’hommage légitime aux victimes et le soutien latent à sa politique guerrière. L’état de guerre et l’Etat policier ne sont que les deux revers d’une même pièce de plomb qui s’abbat sur l’ensemble de la société : ladite « union nationale », qui fait frémir de ses relans d’ « union sacrée » à la veille de 1914.

Que lui importe les sons de cloche hyppocrites et contradictoires : nous faire croire que les islamistes se sont attaqués à la population française pour son bien-vivre et ses « valeurs » de liberté tout en annonçant officiellement enfreindre les Droits de l’Homme au nom de la sécurité et la nécessité de mesures liberticides ; considérer Daech comme une secte de psychopathes sortis de nulle part, nouvel Axe-du-Mal à annihiler ; traiter des contrats d’armement juteux avec les régimes d’Arabie Saoudite et du Quatar qui soutiennent eux-mêmes Daech ; écraser la population syrienne sous les bombes françaises pour la « libérer » ; refuser les amalgames en renforçant les perquisitions contre les lieux publics de culture musulmane ; dire intervenir en Syrie alors que les frappes françaises avaient déjà commencé pour prendre sa part du gâteau, pétrolier et géopolitique, dans ce pays devenu jeu d’échiquiers des grandes puissances mondiales qui se disputent la domination. Bref : rajouter du chaos au chaos, soi-disant pour la « sécurité » mondiale. Mise à part la sécurité des intérêts stricts de l’Etat français, qui ne sont pas ceux des victimes du 13 novembre à Paris, nous voilà confrontés à une grande campagne patriotique et va-t’en-guerre.
Et en cela, Daech a gagné. Stigmatiser la population musulmane, fermer les frontières aux migrants qui fuient eux-mêmes la terreur islamiste, prostrer et diviser la société dans la peur, persécuter les peuples du Moyen-Orient, maintenir les relations commerciales avec les Pétromonarchies, c’est précisément ce que demande Daech : ce sont justement les ingrédients dont il a besoin pour se renforcer et recruter davantage encore dans ses rangs.

Nous estimons être acculés à un chantage. Et nous refusons ce chantage. Celui de soutenir les va-t’en-guerre de l’ensemble de la classe politique et d’afficher son soutien à l’Etat et au gouvernement sous peine d’être « suspect » voire « traître » à la nation ; celui de s’installer dans la défiance généralisée, dans la crainte de son voisin ou collègue musulman qui partage notre condition sociale ; celui d’accepter de subir l’état d’urgence, l’occupation militaro-policière de nos villes, les interdictions de manifester et la répression impitoyable de toute contestation sociale au nom de « l’unité nationale » et de la « sécurité » ; celui de soutenir les bombardements français en Syrie.

Le chantage de la guerre. Le chantage de la peur. Le chantage de la tension permanente. Le chantage de la défiance. Le chantage de l’état d’urgence et de l’Etat policier. Le chantage de l’ultra-sécuritaire. Nous refusons ce chantage.

Contre leurs guerres, qui ne sont pas les nôtres, et au nom de nos morts, qui ne sont pas les leurs, nous optons pour la solidarité et l’entraide. Des anonymes de Paris aux anonymes de Syrie, des anonymes d’Ankara aux anonymes de Beyrouth, ce sont les mêmes « civils » pris au piège entre deux tirs croisés, entre deux terreurs, entre deux barbaries. La barbarie impérialiste occidentale d’un côté, la barbarie islamiste de l’autre : ici comme ailleurs, nous sommes au milieu. Pris au piège de leurs enjeux de domination qui ne sont pas les nôtres, nous refusons de dire que davantage de massacres contre la population de là-bas (que Daech utilise comme bouclier face aux bombardements) apportera davantage de sécurité aux populations d’ici. Davantage, notre solidarité est internationale, et nous nous sentons plus proches de la population syrienne que de l’Etat français. Cette population syrienne qui subit à la fois les dictatures de Daech et de Bachar Al-Assad ainsi que les bombardements quotidiens des différentes puissances impérialistes mondiales, contraint d’endurer misère et désespoir au jour le jour ou l’exil. Exil de centaines de milliers de réfugiés forcés d’emprunter des chemins migratoires souvent meurtriers, parfois jusqu’aux frontières de l’Europe verrouillées par barbelés et miradors. Echapper à Daech pour mourir noyé dans la Méditerranée ou coincé dans le froid et la faim aux frontières d’Europe centrale. Et pour ceux et celles qui parviennent à passer, ce sont la traque policière quotidienne, l’enfermement en centres de rétentions, les boulots de misère qui les attendent. D’une mort à l’autre.

A nouveau, leurs guerres, nos mort-e-s.
A nouveau, contre leurs guerres, nos solidarités.

Nous sommes à une époque où tout s’accélère, où les monstres surgissent du clair-obscur entre un monde qui se meurt et un monde à construire. Ces monstres sont assoiffés du sang du siècle : Daech, les extrêmes-droite européennes, les concurrences impérialistes des grandes puissances qui spolient les terres du Moyen-Orient, les régimes dictatoriaux du même Moyen-Orient qui écrasent impitoyablement les révolutions populaires. Ces insurrections populaires doivent nous donner espoir en la capacité de stopper ce cycle infernal d’auto-destruction généralisée : de celles de 2011 en Egypte, Tunisie, Lybie ; de celles de 2013 en Turquie ; mais aussi celles actuelles au Yémen, en Syrie, au Bahrein. Les populations qui se soulèvent sont comme nous : des galérien-e-s du quotidien. Et nous ne pouvons pas attendre encore, cloîtrés chez nous, dans la crainte d’une Catastrophe Imminente qui est déjà là. Le chaos n’est pas à venir, il est déjà là et partout. Nous ne pouvons que nous y enfoncer jusqu’à en étouffer. Plus nous attendons, plus nous sommes co-responsables du carnage généralisé : de la menace Daech, des massacres des peuples sous nos bombes ou à nos frontières. En vérité, nous le sommes déjà.

Contre leurs guerres, nos solidarités. Organisons nos solidarités. Prenons le temps de réfléchir, de nous écouter, de nous positionner. Car ces guerres qui se nourissent mutuellement, de la guerre de Daech contre le monde entier aux guerres impérialistes en Afrique et au Moyen-Orient, ces guerres n’ont que trop duré. Ce vendredi 13 novembre 2015, la population française s’est faite rattraper par l’Histoire. L’Histoire de décennies de guerres et de chaos perpétrés par les Etats occidentaux en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan pour maintenir leur domination économique et politique planétaire. Daech n’est qu’une créature de la guerre américaine de 2003 en Irak, contre laquelle nous avons manifestés par millions dans le monde entier, y compris en France. Si nous laissons faire leurs guerres dans les décennies à venir, ce seront d’autres « civils » tués à déplorer, ici comme ailleurs.

Mobilisons-nous.
Réunissons-nous.
Manifestons. Prenons la rue.

Contre tous les impérialismes,
Contre tous les colonialismes,
Contre tous les fascismes,
Solidarité Internationaliste.

 

– Groupe Strasbourg Leurs Guerres, Nos Mort-e-s –

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