« Victoire » du FN ? Suite logique.

Les nouvelles AFP tombent, se répandent et se régalent : « victoire historique du FN », « record historique du Front National », « séisme FN », « Le Pen écrase la concurrence », « déroute de la gauche », « les estimations confirment : FN, premier parti de France », etc.

Le premier tour des élections régionales en ce dimanche 6 décembre 2015 est interprété comme une rupture, un tournant, un choc historique. Mais au-delà du remue-ménage médiatique qui rajoute, comme de coutume, de la peur à la peur, nous préférons garder la tête froide et comprendre les choses telles qu’elles sont. Outre que la mascarade des élections n’est plus prise au sérieux depuis longtemps par le plus grand nombre, aujourd’hui la mascarade est doublée de la chape de plomb du contexte de l’état d’urgence. Que des élections puissent se tenir sous le régime de l’état d’urgence et l’occupation militaro-policière du pays, n’est-ce pas là l’ultime raison pour refuser le chantage des élections ? A l’ombre des matraques et des patrouilles, dans la menace constante de perquisitions arbitraires, la population ne pourrait s’ « exprimer » autrement que par le chantage au vote « républicain », sous l’injonction d’un « vote et ferme ta gueule » ? D’ailleurs, brandir l’épouvantail FN qui menace « la liberté » permet d’oublier qui a réprimé systématiquement les dernières manifestations ou effectué 2000 perquisitions arbitraires en un mois. Et au-delà des derniers événements, d’oublier qui, depuis des décennies, traque les sans-papiers, multiplie les centres de rétention, parque les Rroms, protège la police qui tue impunément dans les quartiers populaires, stigmatise la population musulmane, méprise les précaires et les chômeurs, soutient le patronat et écrase toute révolte sociale comme dernièrement dans « l’affaire Air France ».

Comprenons bien notre propos : il ne s’agit pas de dédouaner ce que le Front National recèle de violence ouvertement islamophobe et antisémite, xénophobe et antisociale. Il s’agit plutôt de dire que cette « victoire » du Front National précédait de loin les résultats du premier tour des élections régionales en ce dimanche 6 décembre 2015. Si, évidemment, le FN qui grappille petit à petit des postes de pouvoir n’allègera aucunement notre quotidien déjà étouffé et étouffant, on ne peut nier que la férocité patronale, l’autoritarisme d’Etat et la terreur policière n’ont pas attendu l’arrivée du FN. Davantage, que la montée du FN est bien dans la suite logique de l’état de choses existant. Le FN ne fait qu’assumer pleinement, bien que de manière très calculée, ce que PS et UMP dénomment encore pudiquement comme « bavures » ou « dérapages », qui sont policières et racistes ; ou « dialogue social » pour réprimer des grèves et défendre la violence patronale. Pudeur dont le FN revendique de s’alléger, et qui serait preuve de sa radicalité et de sa dissidence. Radicalité du parti-pris pour les riches et les patrons, en effet. Et il n’y a que la crétinerie d’une Nadine Morano ou d’une Christine Boutin pour ne pas prendre en compte l’importance du verbiage de la langue de bois dans les stratégies de pouvoir. La montée de tous les racismes en France (antisémitisme, Rromophobie, négrophobie, islamophobie, etc.) découle ainsi directement du racisme structurel d’Etat entériné depuis longtemps par PS et UMP, dont le FN est davantage opportuniste qu’incitateur.

De plus, depuis quelques années déjà, l’omniprésence calculée des représentants du Front National (ceux-là même qui se plaignent d’être bâillonnés et conspués) sur tous les plateaux télés et tous les supports médiatiques en général, ainsi que le bourrage de crâne constant sur la montée du FN, ne pouvait-il entraîner autre chose que cela se réalise, même à minima ? Quand on sait que la moindre déclaration « polémique » de bas-étage, la moindre bagatelle de couloirs de la part du FN est reprise médiatiquement en chœur et grossie comme un moment politique majeur du pays, nous restons perplexes. Quand on sait que la moindre action groupusculaire de bandes néo-nazies isolées, tel un graff sur un mur ou une banderole accrochée, est relayée par tous les organes de communication institutionnels comme le reflet du malaise de l’ensemble de la population française, nous restons perplexes. Quand on sait, enfin, que ces grands médias institutionnels sont la propriété de marchands d’armes et d’industriels du grand patronat qui fabrique ladite « opinion publique » à partir de rien, on s’étonne à peine que les autres partis de gouvernement cherchent à rattraper le coach dans une concurrence de surenchères de saloperies et de mesures sécuritaires-racistes assumées. Et rappelons-le à nouveau : cette omniprésence médiatique du FN est ce jeu dangereux qui sert tant à dédouaner PS et UMP de leur violence antisociale et raciste dans leurs politiques gouvernementales (puisqu’ils désignent ce « moins pire » face à l’épouvantail FN, qu’il est désormais nécessaire d’agiter toujours plus pour se démarquer) ; qu’à légitimer cette même violence antisociale et raciste (c’est l’omniprésence médiatique qui créée de la crédibilité politique).

vote

Aussi, doit-on vraiment considérer ces résultats comme une « victoire » du FN ? En premier lieu, rappelons que ces 30 % de moyenne nationale obtenus par le FN restent sur fond de 50 % d’abstention. Davantage, 50 % d’abstention sur le nombre recensé d’inscrits au suffrage. Bref, au final, ça ne pèse pas si lourd. Conclusion, le FN « premier parti de France », ça représente quoi sinon le constat qu’ils représentent si peu ? Pas davantage que les autres partis, par ailleurs.

En second lieu, constater que la percée du Front National n’est que la (triste) suite logique du discours gouvernemental ambiant autour de « l’union nationale ». En effet, quand « l’union nationale » se constitue autour des idées du Front National, il ne faut pas s’étonner que ce dernier gagne des élections. Depuis plusieurs années déjà, l’évolution des stratégies de maintien de l’ordre et la promulgation de l’antiterrorisme comme nouveau mode de gouvernement, permet de rendre compte que PS et UMP s’alignent logiquement sur le programme du FN. Ce programme qui n’est pas encore ce qu’on peut appeler « fascisme » mais porte deux intérêts nécessaires au succès de l’ultra-libéralisation de nos sociétés : un intérêt économique, car le FN porte le programme ultra-libéral au service du grand patronat, à même de briser toute protection sociale et toute convention collective, dans le but de détruire les acquis des luttes sociales et le Code du Travail ; un intérêt politique de stratégie contre-insurrectionnelle, par l’accroissement de l’autoritarisme d’Etat au service du Capital afin de museler et annihiler toute contre-offensive sociale et populaire.

Dès lors, appeler au « front républicain », crier d’effroi face à la victoire du FN, dans la logique PS-UMP, n’a pour seul but que de diaboliser le FN en Grand Méchant Loup qui incarne tout le mal dont PS et UMP se démarqueraient encore. Alors que, finalement, PS et UMP jouent la diabolisation du FN tout en reprenant progressivement à leur compte tous les points de son programme. Ainsi, FN-UMP-PS relèvent de la même racaille bourgeoise et néo-patronale, de moins en moins distinguables. Avec TAFTA, les lois Macron, les nouvelles réformes de casse du service public, et les massives suppressions de postes, nous assistons déjà avec Hollande et Valls à la plus grande destruction du Code du Travail depuis l’après-guerre. Le FN inquièterait essentiellement pour son racisme assumé ? Que doit-on penser alors des politiques du PS à l’encontre des réfugiés et migrants, des sans-papiers, des Rroms, des populations stigmatisées des quartiers populaires ? Dire du PS et de l’UMP qu’ils représentent un moindre mal par rapport au FN, c’est exactement le piège tendu par les classes dominantes en général.

Que signifie donc réellement cette montée du FN ? Rien d’autre qu’un test pour le patronat, qui est le véritable détenteur du pouvoir politique : celui de jauger la capacité de résistance sociale et populaire, celui aussi de jauger jusqu’à quel point la population est capable d’encaisser oppression-répression économique et politique. Car l’évolution à terme de nos sociétés est déjà visible : la mainmise totale de la logique capitaliste sur nos vies, par l’asservissement complet du Travail au Capital. Autrement dit, la fin des retraites, la fin des allocations sociales, la fin du revenu minimum, la privatisation de toutes les structures publiques concernant la santé et l’éducation, etc. Cette terreur patronale paroxysmique s’est déjà concrétisée en Grèce, dont nous constatons actuellement les ruines. C’est ce qui nous attend si nous ne sommes pas capables de renforcer nos luttes.

Certes, l’époque n’est pas à la joie, et rééquilibrer la question de la « victoire » du FN dans sa symbolique politico-médiatique ne doit pas nous empêcher de considérer le désastre actuel. Mais ce désastre est général et déjà ancré depuis plusieurs années, et il serait stupide de l’octroyer strictement au danger de la montée du FN. Cette montée du FN, certes effective, ne constitue ainsi en rien une rupture majeure mais bien au contraire la continuité logique de l’évolution économico-politique de nos sociétés. Cette évolution, c’est la férocité de l’offensive patronale contre nos conditions de travail et d’existence, à tous les niveaux ; ainsi que le durcissement de l’Etat-policier afin de protéger cette offensive patronale. Le FN n’est pas autre chose que le nouvel acteur clé en France nécessaire à l’offensive historique du capitalisme à l’encontre des populations par laquelle se caractérise notre époque.

Par conséquent, il s’agit de mesurer la consistance politique du changement de notre époque, effectivement dramatique pour les populations. Pour cela, de bien peser les rapports de force et d’identifier les pièges tendus par la classe dominante. Plus que jamais, il s’agit de tisser nos réseaux de solidarité à partir de positions solides, lucides et radicalement critiques. Que les médias braillent à tout-va, c’est leur fonction, mais nous ne tomberons pas dans la surenchère de peur et de désarroi. Les monstres ne sont pas les personnes, Hollande-Valls-Sarkozy-Le Pen, mais les rouages et structures sociales qui assurent leur pouvoir : le capitalisme. Nous reprendrons les mots de certains camarades : serrons les dents, serrons les rangs, tenons la ligne.

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