9 mars, le retour du Mouvement Social

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LE RETOUR DU MOUVEMENT SOCIAL

Après plusieurs semaines de mobilisation « numérique », la contestation sociale s’est traduite massivement dans la rue, ce mercredi 9 mars 2016. Cette date marque un tournant. En premier lieu, cette journée est le résultat d’un appel spontané sur les réseaux sociaux à la grève générale contre le passage du projet de loi El Khomri – dont la présentation en Conseil des ministres devait se dérouler le jour même avant d’être repoussée au 24 mars. Autrement dit, ni les organisations syndicales de jeunesse ni les organisations professionnelles ne sont à l’initiative du mouvement. En second lieu, cette spontanéité caractérise tant des anonymes isolés que des fédérations syndicales entières qui se désolidarisent de l’inertie de leurs centrales : l’exaspération s’est transformée en combativité. Enfin, cet appel a été relayé en d’autres appels, par centaines : appels au blocage économique, à la grève, à des blocages de lycées, des Assemblées Générales, à la convergence des luttes. Certains parlent d’un début de mouvement déjà plus fort que celui de 1995.

Finalement, pour cette première journée de mobilisation générale contre la loi El Khomri, ce sont 500 000 personnes qui ont pris la rue : 100 000 à Paris, 60 000 à Marseille, 20 000 à Lyon, 15 000 à Toulouse, 10 000 à Rennes, 7 000 à Strasbourg, etc. Souvent, ce sont des cortèges de jeunesse qui ont donné le ton en devançant les cortèges des grandes organisations syndicales. A Paris, dès la matinée, des dizaines de lycées ont été bloqués avant que plus de 5000 lycéen.ne.s se lancent en manif sauvage à travers la capitale. Au Havre, des grévistes syndiqués à la CGT ont paralysé la ville en barricadant les principaux axes routiers de l’agglomération.

Face à ces prémices d’organisation collective s’inscrivant dans une configuration inédite, le Gouvernement a fait son choix. Des affrontements ont éclaté à Lyon, Toulouse, Nantes et Valenciennes ; tandis que la répression policière s’abat pour empêcher des actions convergentes de blocage économique. Ce fut le cas à Valenciennes où un millier de lycéen.ne.s, étudiant.e.s, travailleur.se.s, chômeur.se.s ont tenté de bloquer l’autoroute, avant que la police ne riposte par grenades assourdissantes, lacrymogènes et flashball. Déjà, des blessé.e.s (une lycéenne et un ouvrier emmenés à l’hôpital), des arrestations et des condamnations (des peines de prison ferme et des dommages et intérêts élevés pour des accrochages avec la police). La police montée a été déployée à Lille. Hollande déclare le 10 mars qu’il est exclu de retirer le projet de loi ; Valls annonce que la loi passera avant l’été sans quoi il démissionnera. Le gouvernement assume l’affrontement, à nous de relever le défi.

La lutte s’organise : plusieurs universités ont voté la grève avec occupation (Paris 8, Paris 1, Toulouse 2, Bordeaux 2, etc.). Du côté des syndicats, la CGT Ferc (Enseignement supérieur et de recherche) a déposé un préavis de grève du 9 mars au 15 avril ; la Fédération nationale des syndicats SUD Santé Sociaux du 17 jusqu’au 31 mars ; l’Union syndicale Solidaires Fonction publique pour la même période. La CGT menace à nouveau de paralyser la ville du Havre pour les journées du 28 et 29 mars. Grève nationale de la fonction publique le 22 mars. Dans le même temps, la SNCF menace d’une grève reconductible à partir du 31 mars, tandis que les pompiers multiplient les actions (blocage d’autoroute en Alsace le 10 mars). Le mouvement de grève des postiers, jusque-là parcellisé, commence à converger et à se durcir avec une journée de grève nationale le 23 mars. Enfin, la jeunesse continue de s’auto-organiser : la matinée du 10 mars, ce sont à nouveau des dizaines de lycées qui sont bloqués en région parisienne et dans d’autres villes, avec des manifestations sauvages. De nouvelles journées de mobilisation nationale sont déjà annoncées par des appels spontanés pour les 17 et 24 mars. A l’appel de l’ensemble des comités de soutien aux Goodyear réunis à Paris le 12 mars à la Bourse du travail : le 31 mars, tous et toutes à Paris ! Occupons la capitale !

Que se passe-t-il en France ? Après six ans de reflux du mouvement social – c’est-à-dire depuis l’automne 2010 contre la réforme des retraites –, l’offensive de casse sociale programmée et généralisée a été d’une telle violence qu’il se relève à nouveau. Ces derniers mois, la tension sociale ambiante ne cessait de grimper : la criminalisation des luttes syndicales (condamnation des Goodyear, licenciements des grévistes de Air France, etc.), la solidarité de classe (création de comités de soutien aux Goodyear dans tout le pays, le film Merci Patron ! de François Ruffin qui fait un carton avec des débats populaires très animés à la fin de chaque projection et une assemblée populaire à la Bourse du Travail qui a appelé à la grève générale le 31 mars), la répression de la mobilisation contre le sommet de la COP21 en novembre 2015 à Paris, la répression du mouvement contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le démantèlement de la « jungle » de Calais et la fermeture des frontières pour refluer les réfugié.e.s, l’instauration d’un état d’urgence permanent depuis les attentats de Paris et le chantage à la guerre… Les événements se sont enchaînés, portant la colère sociale à son comble.

C’est le retour du mouvement social. Si la loi Travail de El Khomri est le détonateur de trop, ce mouvement est bien une réponse historique du monde du Travail à la violence systématique et implacable du Capital. Il est une réponse politique à la montée du nationalisme et du racisme en France, ces fléaux qui progressent en continu depuis le printemps 2013 qui a vu les masses réactionnaires et néo-fascistes prendre la rue contre le mariage gay, avant de revenir à la charge contre les musulman.e.s, les exclu.e.s, les grévistes, et désormais les réfugié.e.s. Il est une réponse à l’inertie collaboratrice des centrales syndicales depuis 2010, à la complaisance gouvernementale (de droite comme de gauche) pour les intérêts du grand patronat, aux bourrages de crâne nationalistes des médias dominants…

C’est le retour historique du mouvement social en tant que réappropriation de sa capacité d’offensive et d’auto-organisation ; en tant que retour de la confiance en la force collective et la résistance à l’autoritarisme d’Etat qui va en s’aggravant.
En ce printemps 2016, l’antagonisme de classes en France est exacerbé. Le moment actuel recèle d’enjeux. Il se présente potentiellement comme le prélude de temps plus durs encore, mais en ce sens, il est aussi notre chance : l’offensive est à ce point puissante et généralisée qu’elle provoque la convergence des luttes et le réveil des solidarités. Aujourd’hui, le monde du Travail se donne les moyens de reprendre l’initiative et de la garder.

Les semaines à venir, faisons tout pour que le basculement devienne irréversible.

Que la peur change de camp.

Mouvement Anarchiste Révolutionnaire

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Manif sauvage de 5000 lycéens à Paris, matinée du 9 mars

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Cortège sauvage étudiant et lycéen depuis le campus de Strasbourg, 9 mars

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Lycées bloqués, Paris, 9 mars

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AG à Paris 8, 10 mars

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Communiqué officiel de la Présidence de Paris 8, première université en grève, 9 mars

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Pompiers grévistes qui bloquent l’A351, 10 mars

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Préfecture de Rouen, 9 mars

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Fac de Lettres bloquée, Tours, 10 mars

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Valenciennes, 9 mars

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Répression policière lors du blocage de l’autoroute, Valenciennes, 9 mars

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Lyon, 9 mars

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Rouen, 9 mars

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