Printemps 2016, tournant dans l’intensification de la guerre de classe en France

Le mouvement social du printemps 2016 résonne comme un coup de semonce de la part de la bourgeoisie : la violence répressive (médiatique, policière et syndicale) n’a d’égale que la violence politique de la Loi Travail. Face à cette double violence, et au nombre croissant d’interpellé.e.s / blessé.e.s / condamné.e.s en manifestation, l’autodéfense devient une évidence collective : les lycéen.ne.s et étudiant.e.s « de centre-ville », fraction pacifiée du précariat, ne sortent plus en manif sans banderole renforcée, casques, lunettes et masques contre les gaz. Legal Team et Medical Team sont autant de structures de lutte auto-organisées qui se multiplient dans toutes les villes. Mais la répression demeure sociale : conseils de discipline, avertissements ou blâmes pour les jeunes scolarisé.e.s qui osent se dire grévistes ; tandis que la désillusion sociale d’une génération et la seule certitude d’un avenir de misère accroissent la colère.

La première des victoires de ce mouvement doit consister en ceci : la colère doit être sociale et politique, c’est-à-dire collective. Seule la perspective révolutionnaire d’une contre-attaque de tous les précaires contre la logique capitaliste et ses besoins peut contrer la marche forcée vers l’atomisation individualiste et nihiliste dans laquelle la bourgeoisie veut nous noyer.

En cela, les chômeur.se.s ne sont pas des non-travailleur.se.s, mais des travailleur.se.s sans travail. Avec ou sans travail, nous sommes tous précaires. Avec ou sans travail, nous sommes tous en proie à la voracité patronale et à la férocité répressive. Quant aux travailleur.se.s, dont la colère gronde dans tous les secteurs de travail, il est devenu crucial qu’illes s’émancipent du joug des centrales syndicales pacificatrices.

La seconde des victoires de ce mouvement sera l’émergence d’une autre évidence collective à renforcer : droite et gauche ne sont que deux facettes de la même bourgeoisie. Les élections représentatives et plus généralement la démocratie bourgeoise sont les outils d’un mode de gouvernement étatique établis pour nous écraser. Nous, les anonymes. Nous, les petites gens. Nous, qui ne possédons que notre force de travail à vendre au moins offrant. Et l’Etat n’est rien d’autre que le bras armé du Capital : on ne peut détruire l’un sans détruire l’autre. Ne plus voter, ne plus croire, ne plus espérer, ne plus rien attendre désormais de ce mode d’organisation sociale et politique de domination et d’exploitation : voilà la nouvelle évidence collective à développer. Dans un an se reproduit la mascarade des élections présidentielles qui doit nécessairement marquer l’étape d’un abstentionnisme record et historique. Cette abstention générale est déjà politique, elle doit aussi être révolutionnaire. Déjà en 2007, lors du sacre présidentiel de Sarkozy, des dizaines de milliers de personnes sont descendues spontanément dans les rues de tout le pays et se sont affrontées à la police en tentant d’investir hôtels de ville et préfectures. Cela doit se reproduire, avec plus de monde encore, appuyé par une grève générale spontanée dans toute la France. Cela peut-il être un mot d’ordre d’ici le printemps 2017 ? Le versant offensif du mouvement social ne doit alors plus s’arrêter.

La troisième des victoires de ce mouvement résidera justement dans le versant affirmatif et offensif de la désillusion politique qui balaie la croyance naïve en la pacification sociale. Autrement dit, la victoire d’être parvenu.e.s à assumer collectivement qu’il n’y a pas de « solution » à ce merdier général dans les cadres qui ont rendu possible un tel merdier. Concrètement, d’assumer de devoir marcher vers l’inconnu pour créer nous-mêmes les conditions d’un dépassement à ce désastre permanent qu’est le joug capitaliste. C’est là toute l’erreur du phénomène « Nuit Debout », remake mimétique des « Indignés » en Espagne et ailleurs. A savoir l’erreur de croire qu’on peut réformer un mode d’organisation sociale en conservant ses piliers : la propriété privée des moyens de production, de distribution et d’information ; la représentativité parlementaire bourgeoise et donc tout le mode de production capitaliste. Il n’y a pas de capitalisme à visage humain. Et le moralisme citoyen ambiant qui pollue l’atmosphère des débats dans les places « occupées » de la Nuit Debout ne fait pas sourire dans les couches les plus pauvres et les plus exploitées de cette société. Les petits-bourgeois de la Nuit Debout qui s’indignent d’être potentiellement prolétarisés ne peuvent inspirer qu’une profonde haine de classe au fond des quartiers-ghettos pourris par la misère sociale. Encore une fois, si la « classe moyenne » n’existe pas socialement, elle existe politiquement et c’est bien le message indirect que la Nuit Debout fait passer aux sous-prolétaires révoltés.

Il y a ceux.celles qui s’indignent et ceux.celles qui s’organisent. S’organiser signifie tisser nos réseaux de solidarité et de résistance, créer nos moyens d’autodéfense juridique et de coordination locale. Ceux.celles qui scandent, taguent ou défilent sous les mots de « Vive la Commune » n’ont pas tout à fait tort : il faut de nouveau pousser vers l’éclatement insurrectionnel et prolétaire à portée révolutionnaire comme ce fut le cas lors de la Commune de 1871, dernière révolution sociale en date en France. Pas tout à fait tort, car il y a du tort : celui justement d’angéliser les événements de la Commune et d’occulter un certain patriotisme dominant dans le camp de l’insurrection, mais aussi d’occulter ce qui a causé la mort de la Commune. A savoir l’illusion première et dernière d’une possible réconciliation des classes ainsi que l’isolement insurrectionnel – qui explique l’absence d’attaque contre Versailles par les insurgé.e.s quand il le fallait. Mais encore, le tort de croire que la résurgence de « l’esprit communard » – si l’on puit dire –, trouverait sa quintessence dans le phénomène des ZAD. Car les Zones A Défendre, pourvoyeuses d’idéalisme, sont de fait isolées et ne consistent en réalité qu’en l’« autogestion » des miettes que la bourgeoisie veut bien nous laisser au sein de cadres qui se parent des caractères de la marginalité sociale pour maintenir l’illusion d’une autonomie politique.

D’où la nécessaire quatrième victoire à laquelle doit aboutir ce mouvement : celle de mettre un terme à l’idéalisme béat et au romantisme pacifié ; de dépasser positivement l’impuissance des ZAD et des Nuits Debouts – mais aussi des manifestations de masse et des grèves sans lendemain. Grève générale illimitée, blocage généralisé et sabotage systématique, dans la solidarité et la détermination, telles sont nos armes pour combattre et vaincre la bourgeoisie. Il semble que c’est ce qu’il se passe à Mayotte depuis deux semaines maintenant, dans un silence néo-colonial général assourdissant.

Finalement, à supposer que la loi « Travaille » soit retirée, il ne s’agirait que d’un sursis. D’autres lois scélérates d’asservissement viendront encore et encore. Ce sont les rouages sociaux du mode de production capitaliste qu’il s’agit de paralyser et de briser. Ce sont les conditions de possibilité mêmes d’une telle loi, de son application et de l’outil répressif qui la protège qui doivent être nos cibles. Nous ne sommes pas des idéalistes. Notre futur se construit déjà dans nos formes de lutte actuelles.

Dire tout cela n’est pas un point d’arrivée, mais un point de départ. Une fois cela intégré, s’ouvriront alors les vrais débats politiques dans nos quartiers et dans nos boîtes, avec nos amis et dans nos familles :

Comment faire, et comment faire pour vaincre.

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Nantes, 9 avril

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Paris, 9 avril

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Strasbourg, 31 mars

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2 réflexions sur “Printemps 2016, tournant dans l’intensification de la guerre de classe en France

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