Juin 2016 : le(s) bras de fer ou le début du retournement du rapport de force

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Depuis une dizaine de jours, la grève s’installe en France. Les piquets de grève et de blocage se multiplient dans de nombreux secteurs, sporadiques ou inscrits dans la durée. Le rapport de force ne cesse de se durcir et l’antagonisme de classe de s’exacerber. Et le bras de fer n’est pas celui que l’on pourrait croire.

Les médias bourgeois, avides d’emblèmes et prompts à se jeter sur tout ce qui leur est donné, montent en mayonnaise la confrontation personnalisée entre Manuel Valls et Philippe Martinez mise en scène par la Bourgeoisie qui redoute de voir le vent tourner. Leur enjeu est d’habiller et recouvrir le rapport de force réel par cette confrontation de façade. Une certaine analyse dirait que c’est à contrecœur désormais que, sous la pression de la force collective, Valls et Martinez jouent aujourd’hui la caricature de leur rôle et qu’ils s’y sont piégés : Valls contraint de ne pouvoir revenir en arrière sur la loi travail, Martinez d’appeler à la grève offensive et généralisée. Ne nous y trompons pas. Rien n’est laissé au hasard. Le seul fait de fabriquer cet antagonisme a pour conséquence de faire oublier celui qui a réellement cours, à savoir l’auto-organisation des salarié.e.s dans la lutte contre la loi travail face au déploiement de tous les moyens en possession du Patronat pour conserver la mainmise sur les travailleur.se.s.

« Le danger c’est Martinez » n’a cessé de répéter Valls. Et Martinez d’entrer dans l’arène. L’objectif : surtout, rester dans les cadres, là où le jeu est maîtrisé ; car malgré une tension sociale à son comble, c’est tant que les cadres ne sont pas débordés que la pérennité des privilèges n’est pas en danger. Ce faisant donc, Valls redonne du pouvoir à Martinez et lui offre par conséquent de recontrôler son syndicat, écartant ainsi toute possibilité d’initiative amorcée par la base en lutte. En ce sens, l’exemple de Pierre Gattaz, patron des patrons, est frappant. Depuis le début, il connait les enjeux et son comportement qui au premier abord peut sembler erratique est simplement synchronisé à l’évolution de la position des différents acteurs en ce temps de crise sociale. Aujourd’hui, il crie au loup « CGT » après Valls.

Ministre, centrales syndicales, Medef, jouent leur rôle à la perfection pour créer l’illusion qu’ils sont dans un rapport de force et faire disparaitre ainsi l’horizon qui se dessine.

En effet, ce n’est pas Martinez qui a propulsé les grèves, mais la base de certaines fédérations syndicales. En l’occurrence, les fédérations CGT de l’énergie et de la pétrochimie ont organisé la grève reconductible, paralysant les secteurs clés des raffineries et des centrales nucléaires. En quelques jours à peine, la grève s’est généralisée et consolidée dans ces secteurs. Au 24 mai, toutes les raffineries (huit) sont paralysées par des piquets de grève, ainsi que toutes les centrales nucléaires (dix-neuf) qui ont amorcé la reconductible à partir du 2 juin. Les autres fédérations syndicales et secteurs en lutte qui ne pouvaient entamer aussi rapidement des grèves dures dans leurs boîtes ont alors amorcé un vaste mouvement stratégique de piquets de blocage dans la plupart des dépôts de carburant du pays. En une semaine, la pénurie de carburant s’est généralisée dans tout le Nord-Ouest du pays avant de se propager dans le Nord. La Bretagne et la Normandie sont à la pointe de l’offensive.

Depuis le 1er juin, les centrales nucléaires et EDF, la SNCF et la RATP ont entamé un mouvement de grève illimitée avant d’être rejoints par les appels à la grève de l’aviation du 5 au 14 juin. Rapidement, grâce au mouvement général, de nombreux secteurs pour qui il est très difficile d’engager un rapport de force et des grèves prolongées se sont lancés dans la bataille : les éboueurs et égoutiers sont en grève illimitée dans plusieurs villes, les centres de déchet et les centres de tris postaux sont bloqués par des piquets. Les bibliothécaires, les agriculteurs, les personnels scolaires, les agents portuaires, les postiers lancent des grèves reconductibles plus ou moins coordonnées dans tout le pays.

Depuis que les grèves se généralisent et que les piquets se multiplient, que les grévistes sont à l’initiative du rapport de force et que l’Etat se retrouve sous pression, le « hasard » veut que les médias bourgeois au service des grands patrons (et propriété des marchands d’armes) cumulent les sondages de leur côté : soutenez-vous les mouvements de grève ? La CGT prend-elle la France en otage ? Qui est responsable de la crise, du gouvernement ou de la CGT ? La CGT va-t-elle trop loin ? Etc.

La bourgeoisie sonde sa propre peur. Chaque jour, plusieurs sondages dans tous les médias AFP jaugent la température, témoignant de la panique patronale. Progressivement, la peur est en train de changer de camp. De plus, il semble que la population soutienne largement le mouvement social et ne tombe pas dans le piège de la rhétorique réactionnaire. Comment dès lors stigmatiser les grévistes ?

En attendant, la CGT organise des caisses de solidarité financière avec les grévistes, récoltant 130.000 euros en dix jours à l’échelle nationale.

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L’événement football spectaculaire-marchand de l’Euro 2016 devient un nouvel enjeu. Et l’intersyndicale prend le risque d’appeler à une manifestation nationale à Paris le 14 juin. La pression s’accroit encore davantage : le 14 juin prend la forme et la force d’un véritable contre-sommet social. Que cette journée soit celle de l’audace et de la démonstration de force de l’auto-organisation à la base : la démonstration de force de la convergence des grèves et des pratiques de lutte, de l’hétérogénéité explosive entre les précaires en K-ways noirs et les travailleurs en chasubles rouges, du débordement des cadres et des bornes établis. Grèves, blocages, sabotages : c’est la combinaison des trois qui fera la différence, et c’est déjà ce qui est en train de se passer.

Par ailleurs, la grève illimitée est amorcée dans plusieurs secteurs dont la SNCB en Belgique, qui subit la même loi travail. Les actions et messages de solidarité se multiplient dans tous les pays d’Europe occidentale, tandis que l’on se rend compte que la loi travail constitue un plan d’austérité imposé dans chaque pays européen. D’autres actions et messages de solidarité de nombreux pays nous parviennent, avec des grèves solidaires de raffineurs au Brésil notamment.

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La force collective en action tient et ce au travers de bras de fer multiples. Un horizon se dessine bel et bien. Les mutations globales du capitalisme actuel ont fait de la loi travail un point de fixation et de cristallisation dans l’antagonisme de classe qui se révèle jour après jour davantage.

Logiquement, la répression policière, judiciaire et médiatique redouble de violence. Les arrestations s’enchaînent, les condamnations exemplaires pleuvent par dizaines dans tout le pays jour après jour, les blessé.e.s et mutilé.e.s sont de plus en plus nombreux.ses : l’Etat sort la carte de la terreur de classe pendant qu’il compte sur les média bourgeois pour mettre en exergue une confrontation personnelle illusoire. Or, à ce petit jeu, pour l’instant rien ne le donne gagnant.

Il s’agit de consolider la grève, d’encourager à sa généralisation et à sa durée. Multiplions les caisses de grève, notamment à l’échelle locale. Harcelons le patronat par des actions de blocage quotidiennes, créons des équipes de relève sur les piquets de grève. Déjà, l’auto-organisation prouve sa force : les centrales énergétiques coupent l’électricité dans la résidence secondaire de Gattaz, tout en basculant en tarif préférentiel et heures creuses pour plus d’un million de foyers.

La diversité du prolétariat et sa fragmentation, sa convergence de fait avec les précaires de tout horizon envoie un nouveau message destiné à celleux qui luttent : la conscience de classe n’est pas l’identité de classe. Et elle ne doit pas l’être.

 

– Mouvement Anarchiste Révolutionnaire –

 

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LYON

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