Dépasser l’ère de la casse sociale permanente

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Nous sommes de celles et ceux qui approuvaient le mot d’ordre « Ni Le pen ni Macron, ni patrie ni patron » car ces deux-là désignent les deux faces d’un même processus : celui d’un autoritarisme d’Etat croissant articulé à une offensive patronale à la violence inégalée depuis l’après-guerre. Aujourd’hui, l’ennemi c’est moins Macron lui-même que cette marche forcée vers la misère généralisée dont il est actuellement le laquais. Suite au chantage électoral qui l’aura hissé au pouvoir, à cette énième répétition du jeu nauséabond de « l’appel au barrage républicain face à la menace FN », nous voici à nouveau acculés à la perspective d’une nouvelle étape de la casse sociale, imminente et généralisée.

Pourtant, nous retenons de la mascarade électorale du printemps 2017 une sécession profonde : pour la première fois depuis 1969, 25,4 % d’abstention au second tour des présidentielles ; 51,29 % d’abstention au premier tour des législatives ; et 57 % au second tour, record absolu. Une évidence est désormais partagée par tous : « Faute d’avoir jamais été révolutionnaire, [la gauche] n’a même plus les moyens d’être réformiste »*

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Depuis les années 1980, au moins, la bourgeoisie française entreprend la casse des acquis des luttes des décennies précédentes. Il ne s’agit plus de parler de « trahison » des centrales syndicales ou de la « gauche de la gauche », elles participent pleinement au processus de cette époque : la casse sociale permanente. Par la répression des forces les plus combatives – des syndicalistes de lutte aux révolutionnaires –, confédérations syndicales et gouvernements ont ensemble contribué à l’écrasement des élans offensifs et auto-organisés des mouvements sociaux de ces dernières années. Entre l’idéologie républicaine des « de gauche », fondée sur la centralisation étatique du pouvoir politique et le racisme structurel trouvant son origine dans la période coloniale, et le confusionnisme politique qui désagrège les milieux révolutionnaires (toutes tendances confondues), nous devons assumer que ce ne sont là que les conséquences de nombreuses années de dépolitisation des luttes. D’un certain insurrectionnalisme « apolitique » (de l’invisible horizon révolutionnaire) à la « racialisation » de la question sociale, la dépolitisation ambiante dans les milieux qui renient jusqu’à leur prétention révolutionnaire avale des milliers de personnes en quête de repère et de mémoire des luttes. Entre autre exemple, le NPA n’ose plus parler de « grève » ou de « rapport de force » pour préférer leur substituer la « mobilisation », noyée dans un confusionnisme politique des plus dangereux. La critique vaut également pour certaines sphères libertaires, voire autonomes.

Pour autant, des tentatives du réseau « On bloque tout » à la réalité momentanée des « cortèges de tête », des structures auto-organisées de « défense collective » à toutes les manifestations de solidarité et de colère émeutières face aux dernières exécutions policières dans les banlieues pauvres, il se dessine des lignes de force qui cherchent à se rencontrer et se renforcer, au-delà de toute résignation fataliste et de tout dogmatisme idéologique. Une pratique collective élargie qui cherche son horizon révolutionnaire. Les derniers mouvements sociaux avaient pour objectif de défendre certaines protections de la condition salariale à laquelle nous sommes voué.e.s. La meilleure manière de défendre ces protections est de redécouvrir la force offensive qui a permis de les imposer. A travers les différentes dynamiques offensives du mouvement du printemps 2016, nous avons assisté aux prémices d’un mouvement de composition de classe émancipée d’elle-même. Autrement dit, la pratique faisant de la critique de l’économie politique (du capitalisme) et de la lutte révolutionnaire un seul moment, ou plutôt un seul mouvement, de multiples composantes du champ social fragmenté ont dépassé à travers la lutte collective leurs attributs de classe pour s’affirmer comme force offensive contre-et-au-delà de leur condition d’exploités. Le cortège de tête n’est pas syndicaliste, avant-gardiste, trotskyste ou anarchiste, il n’est pas non plus un regroupement de chômeurs, d’ouvriers ou d’employés, il est le regroupement praxique de tou.te.s celleux qui ont dépassé leur condition sociale le temps d’une prise de rue.

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Les « cortèges de tête » et autres dynamiques offensives et autonomes désignent encore un moment politique – et éphémèrede dépassement de notre condition de classe, moment qui n’a pas vocation à reproduire l’erreur marxiste d’une prise de pouvoir politique mais à être le prélude d’une transformation sociale révolutionnaire ; par la réappropriation de lieux et de moyens d’existence. Cela passe tant par la « Maison du peuple » à Rennes que par la solidarité de travailleur.se.s qui détournent leur outil de travail au profit de la lutte.

Les prochaines luttes de grande envergure doivent donc moins se revendiquer « Front social » que « Front révolutionnaire », c’est-à-dire lutte contre le travail au sens où il s’agit d’assumer politiquement et historiquement qu’il n’est plus de sujet révolutionnaire. Car seuls les mouvements de réappropriation et de transformation sont révolutionnaires, en dehors de tout substrat politique figé. L’enjeu des luttes à venir est de développer leur capacité offensive autonome en repensant le travail, c’est-à-dire en le dépassant. Nous émanciper de toute identité ou processus d’identification politiquement essentialisant est à la fois le moyen et le but de nos combats présents et à venir. Il s’agit donc de surmonter la seule perspective qu’est l’urgence de lutter par notre capacité à ouvrir des horizons.

Le travail tue, tuons le travail.

– Mouvement Autonome Révolutionnaire –

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*Alessi Dell’ Umbria, La rage et la révolte – 99

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