Critique des événements de Hambourg

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Est-il nécessaire de relancer le vieux débat sur la pertinence politique des contre-sommets ? A savoir le fait de jouer le spectacle émeutier attendu par tous les médias bourgeois internationaux, de se jeter dans la gueule du loup policier dont la puissance est alors optimale, de se déplacer quelques jours à peine pour un moment de conflictualité intense alors que les réseaux militants locaux subiront par la suite le fameux contexte hyper-répressif post-sommet ; l’inutilité voire de la vanité de « bloquer » un sommet international, etc. A quoi s’opposeront les arguments suivants : refuser le chantage au quadrillage militaro-policier éphémère d’une ville, refuser de laisser les puissants chefs d’Etat capitalistes se réunir pour se partager le monde et décider de nos vies dans l’indifférence et l’absence de toute conflictualité et intervention politique, refuser de laisser les organisations sociales-démocrates parler au nom de tous, briser la pacification armée, rencontrer d’autres réseaux et partager la réalité militante locale, etc. Par ailleurs, ce débat, produit de la parenthèse « altermondialiste » qui ne sera sans doute pas rouverte avec les événements de Hambourg – premier sommet et contre-sommet international au cœur d’un centre urbain depuis plusieurs années en Europe (notamment le sommet de l’OTAN à Strasbourg en avril 2009) –, doit-il seulement être poursuivi ?

Nous aimerions plutôt concentrer nos remarques sur le contre-G20 de Hambourg (du 2 au 9 juillet 2017) lui-même, afin de nuancer les propos exaltés de plusieurs textes et témoignages, notamment celui de larotative.info [https://larotative.info/g20-a-hambourg-la-police-a-ete-2327.html]. La police a-t-elle vraiment été « battue » ? Que signifie « battre » la police ?

Si l’émeute a embrasé les rues du quartier de Schanze (où se trouve le centre autonome de la Rote Flora) pendant plusieurs heures le soir du vendredi 7 juillet, parvenant à maintenir la police à distance, le centre-ville bourgeois, commercial et banquier de Hambourg n’aura pas subi une égratignure. Certes, l’intensité émeutière qui aura duré jusque tard dans la nuit dans une zone relativement vaste du quartier garde sa force subversive : au-delà des milliers d’autonomes qui ont tenu l’affrontement face à la police, c’est une bonne partie de la population du quartier qui est descendue dans la rue pour soutenir, de fait, sa réappropriation. Beaucoup de rires et de joie ont été partagés au milieu du pillage des supermarchés et de l’érection de dizaines de barricades enflammées. Si la police a bien finie par reprendre la rue, appuyée par les forces spéciales (militaires) armées de fusils-mitrailleurs, il est indéniable qu’elle n’a pu empêcher cette réappropriation sauvage et solidaire tout le long de la soirée.

Cependant, la police a-t-elle été battue ? Après tout, n’est-elle pas parvenue à protéger les quartiers bourgeois et banquiers ? Le feu qui a ravagé le quartier pauvre et excentré d’Altona à l’aube du 7 juillet n’est-il pas preuve de notre impuissance à briser la paix capitaliste de l’hyper-centre de la ville ? Par ailleurs, la tentative échouée de la manifestation « Welcome to Hell » la veille (jeudi 6 juillet), brisée par la police avant même de pouvoir démarrer alors qu’elle était censée se diriger vers l’hyper-centre commercial, a incontestablement marqué notre incapacité à percer le dispositif policier. Car il faut bien en parler de cette manifestation du 6 juillet : 20 000 personnes, dont un cortège de tête en « black bloc » de plusieurs milliers de personnes, se sont littéralement fait cernées par des centaines de policiers appuyés par leurs blindés et canons à eau. Leur attaque surprise à l’arrière du bloc a créé un mouvement de panique sur l’ensemble du cortège noir qui s’est désagrégé de manière chaotique, permettant à la police de frapper de toute part et simultanément, causant de nombreux blessés, dont plusieurs graves. Tout le monde s’est réfugié par instinct de survie sur les quais, traqué par la police qui n’a pas fait de quartier. Un échec cuisant pour les militant.e.s et une victoire totale pour la police. Si le rapport de force s’est enfin consolidé le soir du vendredi 7 juillet, c’est en étant toutefois cloisonné dans « notre » quartier, autour de la Rote Flora. Enfin, la traque policière du samedi 8 au soir, qui s’est poursuivie toute la nuit jusqu’au dimanche, a fait ses preuves.

La police a finalement joué le rôle qui lui était assigné à la perfection. A défaut d’employer la « force brute » comme en France, elle a atteint des sommets en termes de logistique (usage minimal d’armes, déploiement maîtrisé, contrôles systématiques, efficacité dans l’identification, etc.) ce qui nous donne un aperçu des nouvelles formes répressives à venir, capables de saper les dynamiques subversives avant même qu’elles ne s’expriment.

Ceci étant, l’aspect positif à retenir des événements de Hambourg ne doit pour autant être mis en balance avec ce qui vient d’être dit. Il n’est pas à mettre sur le même plan parce qu’il recèle un potentiel qui se suffit à lui-même. On rappelle notamment la solidarité effective d’une large partie de la population, notamment suite aux attaques policières répétées contre les campements contestataires qui n’ont pas réussi à se maintenir : les églises ouvrent leurs portes, les squats et lieux militants également (bars, Stade du FCSP…), ainsi que de nombreux habitant.e.s. du quartier « alternatif » de St Pauli ; le théâtre à proximité de la gare est occupé. Enfin, une relative cohésion pratique est à retenir du côté des autonomes.

Ceci pour nuancer certains textes qui tournent sur le net, élargir le débat et renforcer notre intelligence collective. Il n’est pas question ici de poser une critique « absolue » qui dénie toute effectivité à ce qui a eu lieu à Hambourg, au contraire, ce texte a pour vocation d’esquisser une mise en relief constructive.

Solidarité avec les militant.e.s en détention.

 

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