Au seuil de la barbarie

La renaissance d’un mouvement social réel et durable contre le contenu des ordonnances adoptées ce 22 septembre 2017 reste en suspens. Ceci étant, notre avenir et notre futur le sont également. La renaissance d’une lutte globale et radicale est devenue une nécessité qu’on ne peut se permettre de nuancer ou de sous-estimer.

Ces ordonnances, ou « loi travail XXL », constituent un véritable acte de guerre de la grande bourgeoisie pour récupérer les centaines de milliards de profits et de dividendes qu’elle a été forcée de concéder en France depuis 1936 afin d’éviter le basculement révolutionnaire ; lors des puissants mouvements de grèves générales, mais également par la suite en 1946 et en 1968. Un siècle de luttes est en jeu à l’heure où nous écrivons. Un siècle de conquête de droits qui ont contribué à forger un rapport de force permettant à la classe ouvrière d’améliorer considérablement ses conditions de vie.

Aujourd’hui, le prolétariat, affaibli par la délocalisation généralisée des grands centres de production, est scindé en de multiples fractions de classe. Si le salariat, en tant que travail forcé, nous dépossédait de notre activité humaine créatrice de richesse sociale, l’écrasement patronal des nombreuses protections sociales qui ont permis l’aménagement de la condition salariale nous dépossède du travail lui-même. Bientôt, les rouages d’exploitation seront tels que tout sens collectif sera tout bonnement annihilé. En effet, l’accélération et la généralisation de la pauvreté et de la misère, loin d’unifier et d’homogénéiser la classe prolétaire, achèvera de la fractionner pour atteindre un niveau d’individualisation qui rendra littéralement impensable toute perspective de luttes collectives.

Or, nous luttons contre la « loi travail et son monde ». Autrement dit, le bulldozer colossal qu’est la loi travail doit être compris comme maillon d’une machine plus monstrueuse encore, d’un processus d’autoritarisme qu’il nous sera très difficile d’enrayer par la suite : l’incorporation de « l’état d’urgence » dans le droit commun, l’autonomisation des moyens répressifs policiers et judiciaires, la banalisation extrême d’un racisme exacerbé amené à s’étendre, le renforcement des outils idéologiques et matériels de l’extrême-droite néo-fasciste qui continuera de s’implanter socialement sur le dos de la misère à travers la récupération politique de la peur et de l’isolement, avec l’aide du mensonge Mélenchon, cette montée populiste ultra-nationaliste de « gauche » qui se veut unique courant d’opposition de masse.

Si l’on ne conçoit cette bataille que sur un plan strictement idéologique, nous l’avons déjà perdue. Vaincre la loi travail et son monde n’est possible que par une victoire politique, audacieuse, offensive, ayant pour horizon « notre » monde, un monde émergeant de la réappropriation collective de nos moyens d’action. Comme le dit un syndicaliste CGT qui a participé au blocage du port de Rouen ce jeudi 21 septembre : « ils ont le vocabulaire de leur volonté, nous avons les moyens de notre condition. »

Il s’agit moins ici de tenir un discours « catastrophiste » que d’encourager à saisir toute la violence politique de notre époque, qui est une époque de transition. D’en saisir pleinement les enjeux. Pour résumer, le slogan « Contre la loi travail et son monde » est l’écho de l’appel de l’époque : révolution ou barbarie. Une fois de plus.

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